| L’occupation du piton rocheux, dominant la vaste plaine, remonte à la nuit des temps. Le vignoble des Côtes du Rhône s’étend à ses pieds et l’on découvre la haute silhouette du Mont Ventoux à partir des terrasses balayées par le Mistral. A l’origine le pays s’est appelé “ROCHE AIGUE” ; à l’époque Romaine “ROCHA ACUTA” ; puis le langage arrondit les angles pour donner ROCHEGUDE.
Le Château de Rochegude est signalé trois siècles après Jésus Christ dans les Archives Romaines. C’était un Relais placé sur la Via Agrippa qui reliait Orange à Vaison-la-Romaine. Dans les caves du Château creusées dans le roc, on a découvert en 1820 un torse de Bacchus qui orne maintenant le Musée de St Germain en Laye. Ce musée réussit en effet à s’approprier cette oeuvre également convoitée par le Musée du Louvre. C’est une sculpture en marbre blanc qui fut murée dans une niche, à proximité des oubliettes, pour la protéger lors des attaques du sanguinaire Baron des Adrets au XVI siècle. Une Cippe, stèle funéraire, découverte sur le territoire de Rochegude, est aujourd’hui au Musée d’Avignon. Elle mesure 1m16 de haut sur 0m75 de large et l’inscription rappelle l’affection de Cassius Severianus et de Veltia Maternilla pour Infantus leur fille chérie. On ne sait pratiquement pas ce que devint le Château ainsi que les maisons agglutinées à ses pieds pendant l’époque Gallo-Romaine. Ce n’est que jusqu’en 1115 que remonte l’ancienne Charte d’Albagnet et 1235 celle de Rochegude. A cette époque, Guillaume de Mondragon et Hugues de Caderousse étaient co-seigneurs de Rochegude avec le Prieur Bertrand de Monteux. Les partages nombreux et successifs conduisirent à des changements fréquents de propriétaires et c’est ainsi qu’en 1315, Bertrand des Baux IV, Prince d’Orange, se reconnaissait vassal du Pape pour une partie de Rochegude. Les Papes qui s’établirent à Avignon de 1309 à 1378 choisirent le Château pour y rendre justice. Ce choix était motivé par la localisation du Château, à la limite du Dauphiné, (la France de l’Epoque) et du Comtat Venaissin. La Salle de Justice existe toujours.Les visiteurs actuels peuvent encore admirer de magnifiques parchemins portant Sceaux et Effigies datant de l’époque papale. Le Château a terriblement souffert au moment des Guerres de Religion. Les Calvinistes prirent le nom d’Huguenots et trouvèrent en France une armée puissante prête à toutes exactions. C’est ainsi que le plus terrible chef Huguenot, François de Beaumont, qui se faisait appeler “Le Baron des Adrets”, lors de son passage attaque le Château de Suze. Il ne réussit pas à le prendre et se retourne alors contre le Château de Rochegude, qui lui aussi résista un temps, puis fut incendié et dévasté. Seule subsiste de nos jour la puissante tour du XI siècle dont les machicoulis furent détruits par l’artillerie du Baron. Pensant que le Château de Rochegude allait se rendre, le Baron des Adrets décida de lancer sa cavalerie pour lui porter un coup décisif. C’est alors que les paysans retranchés derrière les remparts, et qui avaient amené avec eux leurs rûches les jetèrent du haut du chemin de ronde, ce qui engendra une panique générale et donna un répis aux villageois. Le Baron des Adrets ne prit pas Rochegude ce jour-là. Mais cet événement marquant a permis au Blason de se parer d’un Carré d’Abeilles en complément des Colombes déjà existantes. Les ruines du Château demeurèrent longtemps en l’état et ce n’est qu’à la fin du règne de Louis XIV que l’on reconstruisit sur les vestiges de la forteresse le château actuel, d’un style moins agressif.. Une rampe et un escalier monumental ornent le Château. Plus tard, des artistes qui oeuvrèrent pour Marie-Antoinette au Petit Trianon, exécutèrent de splendides Gypseries qui figurent encore dans les anciennes pièces de réception du Château. Il faut également signaler que Viollet-le-Duc restaura Rochegude en plaçant des Machicoulis de décoration et de splendides terres cuites dont on se demande quel four a bien pu les cuire tellement elles sont énormes. C’est à cete période que sont attachés les noms du MARQUIS ROBERT D’ACQUERIA et de la famille D’ARNOUL. Après la mort du dernier Marquis de Rochegude en 1945, le Château tomba dans l’indivision et, à nouveau menacé de tomber en ruine, il fut vendu à Monsieur Fernand GALLIBERT, qui depuis 1964 entreprit de le rénover entièrement. Le Château est actuellement la propriété de l’Abbaye de Bouchet qui en assure l’exploitation depuis 1989. Le vieux pressoir servait à l’élaboration d’un vin blanc renommé issu de cépages XERES, qui était servi à la cour du Roi Louis XIV. Grâce à des documents précis, on sait qu’une ordonnance rendue à Beaucaire par Louis d’Anjou, frère du Roi, autorisa Rochegude à frapper la monnaie (pièces d’or). En 1841, on découvrit un trésor de 5 Kgs de pièces et la légende veut que nombreux soient encore les trésors cachés !!! |